Hépatite toxique sous infliximab : à propos d’un cas avec revue de la littérature.

Cas Cliniques

Lamia Oulkadi, Samira Rostom, Bouchra Amine, Rachid Bahiri

Service de Rhumatologie A, Hôpital El Ayachi, CHU Ibn Sina, Rabat - Maroc.

Rev Mar Rhum 2020; 54:44-8

Nous rapportons un cas d’hépatite toxique survenue lors du traitement par infliximab d’une polyarthrite rhumatoïde sévère.

Une femme de 37 ans, ayant comme antécédents un trouble  axio-dépressif stabilisé sous antidépresseur et anxiolytique. Elle est suivie depuis 2010 pour polyarthrite rhumatoïde séronégative réfractaire au methotrexate (MTX)  d’où l’indication le mois 02/2018 d’un anti TNF alpha type infliximab (biosimilaire) à la dose de 3mg/kg en association avec le MTX (15mg/s). Une bonne évolution clinique, biologique avec une bonne tolérance ont été notées pendant un an et demi sous ce traitement. Après la 9ème perfusion de l’infliximab, la patiente a présenté une cytolyse hépatique progressive jusqu’à 8  fois la limite supérieure de la normale. Le MTX , l’anxiolytique ainsi que l’antidépresseur ont été arrêtés en concertation avec son psychiatre. La patiente a reçu sa 10ème perfusion d’infliximab avec aggravation du bilan hépatique jusqu'à 28 fois la normale sans signes d’insuffisance hépatocellulaire. Ainsi l’infliximab a été arrêté. L’ensemble du bilan permettait de confirmer la cytotoxicité directe de l’infliximab. Les sérologies des hépatites virales, A,B,C,D,E et le bilan des hépatites autoimmunes étaient négatifs, l’échographie hépatique était normale et la ponction biopsie du foie a montré une  hépatite chronique active avec fibrose portale formant des rares septa de score A2 F2  de Metavir associée à une stéatose macro vacuolaire et à une cholestase minime , un aspect en faveur d’une hépatite auto-immune ou médicamenteuse en fonction du contexte clinique. L’évolution était spontanément favorable après arrêt de l’infliximab. Un switch vers l’etanercept a été réalisé.

La survenue d’une hépatite toxique sous infliximab est un événement rare, puisque seuls 17 cas ont été rapportés dans la littérature. Le mécanisme n’est pas connu mais certaines hypothèses physiopathologiques ont été évoquées.

Ce nouveau cas confirme  l’intérêt d’un bilan hépatique systématique lors du suivi des patients traités par infliximab, devant le caractère asymptomatique de cette atteinte.

We report a case of toxic hepatitis induced by infliximab in a patient with rheumatoid arthritis.

A 37-years-old woman with seronegative rheumatoid arthritis with a history of axiodepressive disorder stabilized on antidepressants and anxiolytics. The patient had previously been treated with methotrexate and corticosteroid. Due to high disease activity, treatment with infliximab (3 mg/kg i.v.) was initiated in combination with methotrexate (MTX) (15 mg/week) and folic acid (5 mg/ week) with a good evolution. After nine infusions, progressive elevations of the transaminases up to eight times the upper normal limit were noted and treatment with MTX, antidepressants and anxiolytics was stopped. The ten infusion of IFX was received, with alteration of liver function tests up to 28 times the upper normal limit without hepatocellular failure. Serological tests for viral and autoimmune hepatitis were all negative.Ultrasound of the liver was normal. Liver biopsy showed late signs of toxic hepatitis or autoimmune. The evolution was spontaneously good after discontinuation of infliximab and the diagnosis of toxic hepatitis induced by IFX was retained. A switch was made to Etanecept at a dose of 50 mg/week. The 6-month follow-up indicates good hepatic tolerance under this treatment.

Mots-clés: Hépatite toxique; Infliximab; Polyarthrite rhumatoïde.